Un sabre japonais ne se contentait pas de témoigner du savoir-faire de son forgeron. Il pouvait aussi servir de support à la représentation de fleurs, d'animaux, de paysages, de personnages et de symboles. Notamment sur les garnitures – tsuba, fuchi, kashira, menuki et autres éléments du tōsōgu – les artisans développèrent un langage artistique d'une extraordinaire richesse.
L'un des motifs les plus reconnaissables est le sakura (桜), la fleur de cerisier. Dans la culture japonaise, la fleur de cerisier est profondément liée à la beauté de l'éphémère et à la conscience du changement des saisons, des êtres et des choses. Cette sensibilité apparaît dans l'art japonais depuis des temps très anciens et se retrouve également dans les arts décoratifs relatifs aux sabres. Le Metropolitan Museum of Art souligne précisément comment les fleurs de cerisier étaient utilisées dans l'art japonais pour exprimer cette conscience du passage du temps et de la nature fugace de la beauté.
Sur les garnitures des sabres, le sakura n'était pas un simple symbole abstrait. On trouve des tsuba historiques où les fleurs de cerisier constituent le motif principal. Certaines tsuba étaient réalisées en ajouré – sukashi (透かし) –, en relief ou incrustées d'autres métaux. Le Metropolitan Museum, par exemple, conserve plusieurs tsuba du XVIIe au XIXe siècle ornées de fleurs et de branches de cerisier, certaines rehaussées d'or, de cuivre ou d'autres techniques décoratives.
Un autre motif fréquent est le dragon, ryū (龍). Sa présence dans l'art japonais s'inscrit dans une longue tradition iconographique d'origine asiatique, et les dragons apparaissent sous différentes formes et dans divers contextes. Sur les sabres, on les trouve gravés sur la lame elle-même ou représentés sur les pièces de la monture. Le Metropolitan Museum, par exemple, abrite une tsuba nanban (南蛮鐔) de l'époque d'Edo, sculptée en ajouré (sukashi, 透かし) représentant deux dragons poursuivant un joyau, un style nettement marqué par l'influence étrangère sur un objet profondément japonais.
Aux côtés du dragon, un autre motif apparenté apparaît parfois : la carpe, koi (鯉), représentée remontant le courant ou franchissant une cascade. Ce motif intègre une légende d'origine chinoise – le passage de la carpe par la Porte du Dragon (龍門, Longmen) – qui parvint également au Japon : la carpe qui parvient à remonter le courant se transforme en dragon. Ainsi, lorsqu'une tsuba ou un saya combine la carpe et le dragon dans une même composition, avec d'autres motifs tels que le lotus, il ne s'agit pas de symboles isolés, mais plutôt des deux faces d'une même histoire : l'effort et la transformation qui peut s'ensuivre.
Il est cependant important de faire une distinction : un motif n'a pas nécessairement une signification unique. Dans la tradition artistique asiatique, le dragon peut être associé à certaines notions de puissance, de protection, d'eau ou de forces surnaturelles, mais on ne peut affirmer que chaque dragon représenté sur un sabre avait exactement la même intention. Pour interpréter une pièce particulière, il faut tenir compte de son époque, de l'artisan, de l'école, des autres éléments représentés et du contexte de sa création.
Le sakura et le dragon n'épuisent pas le répertoire des motifs naturels que l'on peut trouver sur une monture. Le bambou (竹, take), symbole de souplesse et de résistance au vent, et les oiseaux – grues ou autres espèces traditionnellement associées à la bonne fortune ou à la longévité – y figurent également, notamment grâce à des techniques comme l'incrustation de nacre (螺鈿, raden), en tant que motifs décoratifs porteurs de sens propre, s'inscrivant dans la même tradition qui a donné naissance au sakura ou au dragon.
Durant l'époque d'Edo (江戸時代, 1603-1868), cette dimension artistique atteignit une extraordinaire sophistication. Les artisans spécialisés dans les pièces de la monture développèrent leurs propres techniques et styles, et les tsuba pouvaient intégrer des scènes entières, des animaux, des plantes, des paysages, ainsi que des références littéraires ou théâtrales. Certaines pièces sont de véritables œuvres d'art miniatures. Les collections du Metropolitan Museum témoignent de l'immense variété de ces créations et documentent le travail de nombreux spécialistes ayant œuvré à Edo et dans d'autres villes aux XVIIIe et XIXe siècles.
Un bon exemple de cette complexité est une tsuba du XVIIIe siècle conservée au Metropolitan Museum, représentant un shishi, le lion gardien, au milieu de pivoines, en référence à une scène de la pièce de théâtre nô Shakkyō. Ici, le décor n'est pas qu'un simple dessin esthétique : il recèle une référence culturelle que tout connaisseur de la tradition représentée pouvait reconnaître et apprécier.
Venons maintenant aux sabres contemporains.
On trouve aujourd'hui des tsuba et des montures directement inspirées des motifs traditionnels japonais, mais aussi des créations issues de l'imaginaire moderne. Dragons, démons, guerriers fantastiques ou crânes peuvent apparaître sur des pièces actuelles destinées à la collection ou à la décoration. Dans ces cas, il convient de distinguer un motif historique documenté d'une création contemporaine inspirée par l'esthétique japonaise.
Le crâne en est un bon exemple. Bien que les crânes figurent aujourd'hui dans les motifs de katanas et autres armes décoratives, il ne faut pas les considérer d'emblée comme un symbole traditionnel équivalent au sakura ou au dragon. Si une pièce contemporaine utilise un crâne, le plus juste est de le décrire comme un élément de design moderne, à moins qu'une source précise ne permette de lui attribuer une signification historique particulière.
Un dernier point, souvent négligé : une tsuba n'est pas forcément une simple pièce de fer. Les collections historiques présentent des exemples en fer, cuivre, shakudō, shibuichi, or, argent, et même des combinaisons de différents matériaux. La valeur artistique de ces pièces pouvait résider précisément dans l'alliance des matériaux, des techniques, des textures et des couleurs.
Ainsi, lorsque nous observons une tsuba, nous ne voyons pas seulement une pièce placée entre la lame et la poignée.
Nous contemplons une petite surface sur laquelle un artisan a pu condenser la nature, la littérature, la religion, la tradition, son imagination et ses goûts personnels.
Une fleur de cerisier peut évoquer l'éphémère.
Un dragon peut appartenir à une tradition iconographique millénaire.
Une scène peut receler une référence littéraire ou théâtrale.
Et un crâne peut nous indiquer qu'il s'agit d'une interprétation contemporaine.
Le sabre demeure ; ce qui change, c'est l'histoire que nous choisissons de raconter à son sujet.
Les pièces de cette histoire
Histoire suivante: 7. Le sabre qu'on n'utilise pas : conservation, entretien et héritage →
